Emptinne

C'est la période gallo-romaine qui a marqué le plus profondément l'histoire d'Emptinne en y laissant des traces indélébiles au Rosdia, aux Tombes et Sur le Mont. La villa et le site thermal du Rosdia à Champion avec son hypocauste constituent un des fleurons de l'architecture romaine de notre pays. La période franque a laissé aussi des vestiges archéologiques à Sur le Mont, où l'on a pu observer l'implantation d'un cimetière recelant une série d'objets de cette époque.
Le village d'Emptinne et ses hameaux de Champion, Fontaine, Sur les Sarts, Emblinne et Emptinal ont connu des sorts divers au cours de l'histoire. En 1237, la comtesse Ermesinde de Luxembourg reconnaissait tenir de l'évêque de Liège le fief de Natoye qui comprenait le territoire d'Emptinne. En 1342, Jean L'Aveugle cède à Marie d'Artois la prévôté de Poilvache, dont Emptinne et ses dépendances. Emptinne devient un fief namurois.
Au XVe siècle, les seigneurs d'Emptinne seront les de Momal, auxquels succéderont les de Rougrave dans le courant du XVIe siècle.

A cette époque, Fontaine est un territoire liégeois et fait partie de la mairie de Ciney.
En 1589, le baron de Grosbeeck, bailli du Condroz, avait sa résidence à Fontaine. Après de multiples transactions propres à cette époque, Laurent Jacquier, seigneur de Rosée, acquit le seigneurie d'Emptinne en 1700 et partagea le bien de Natoye en deux seigneuries distinctes pour ses enfants. Louise-Hélène Jacquier, veuve de Jean-Baptiste Chaveau, eut pour sa part Natoye, Francesse et Lez-Fontaine, tandis que Nicolas Jacquier devint seigneur d'Emptinne, Champion et Emblinne.
En 1728, la route Namur-Arlon passant par Natoye et Emptinne fut établie sur les fondements d'une voie initiée par les Romains. La création de cette chaussée, sous le régime autrichien, va permettre d'améliorer les communications, faciliter les transports et désenclaver un terroir isolé des grandes voies navigables.

Emptinne, grâce à son relais postal, va devenir une halte importante de la poste aux chevaux, sur la ligne Luxembourg-Namur-Bruxelles. Sous la direction d'un maître de poste, on déchargeait le courrier, on échangeait les chevaux et on y réparait les voitures endommagées. Les voyageurs y trouvaient le gîte et le couvert comme l'Empereur Joseph Il d'Autriche le trouva dans la nuit du 4 au 5 juin 1781 .Une distribution de poste fut même ouverte en 1835, puis fermée en 1844.

La création du chemin de fer en 1877 va supplanter le service des malles- poste et donner un nouvel essor au village.

Les exploitations de carrières de pierre calcaire, de terre plastique et l'installation d'une usine de céramique peinte à la Majolique vont générer une main-d'œuvre importante et contribuer au développement économique du village. Ce matériau-roi du XIXe siècle qu'est le petit granit a permis d'édifier, à Emptinne, une des plus belles architectures de notre entité, comme en témoigne encore cet habitat groupé autour de l'église et le long de l'ancienne rue du Relais.

Patrimoine architectural

Eglise Saint-Martin

Cette église remplace un oratoire qui existait déjà vers l'an 1300. Elle se compose d'une nef centrale datant du XVI ou XVlle siècle et de deux nefs latérales construites en 1842. Sa tour octogonale de style néo-roman fut érigée en 1892.


Le relais postal

Cette importante ferme en long est flanquée d'une tour circulaire à l'angle gauche du logis. Sa façade s'ordonne en trois travées de baies à linteau droit.
Un bel encadrement mouluré souligne l'entrée et la baie d'imposte qui la surmonte. Ce bâtiment abritait jadis un relais de poste, situé sur l'ancienne chaussée de Namur à luxembourg.
L'histoire veut que l'Empereur Joseph Il d'Autriche, parcourant ses états, y aurait logé la nuit du 4 au 5 juin 1781.
Saint-Bérégise

Saint Bérégise, fondateur du monastère de Saint-Hubert, naquit vers l'an 670 au lieu-dit Spange. En 1927, un oratoire à la mémoire de ce saint fut construit, le long de la chaussée de Marche, grâce à la générosité du baron Janssen. L'édifice comporte d'anciennes portes et fenêtres de style Renaissance

Fontaine

Ce long bâtiment à frontons triangulaires orné des armes des Montpellier-Pierpont date de 1768. Il fut la propriété des de Jacquier de Rosée, des de Gerlache, des de Pierpont de Moest et des Montens d'Oosterwijck. On remarque également la ferme castrale et l'ancien château féodal. Celui-ci a conservé ses tours, ses fenêtres à meneaux et les glissières de l'ancien pont-Levis (1626).


Champion

Dès l'entrée du hameau de Champion, on découvre cette imposante bâtisse. Le bâtiment principal date du XVlle siècle et est constitué de pierre bleue et de moellons de grès chaulés. C'est dans le parc du château que se trouvait, jadis, l'ancienne église de Champion, dédiée à Saint Maurice.

Les Thermes Romains du ROSDIA

L'existence de vestiges romains sur le plateau du Rosdia a été signalée par l'érudit cinacien Nicolas Hauzeur au milieu du XIXe siècle.
Il dessina deux vues d'un hypocauste encore bien conservé. En 1983, le service jeunesse « Archéolo-J » fouille le site et met à jour la villa de Champion comprenant plusieurs ensembles de constructions, isolées les unes des autres sur une surface de deux hectares.
L'installation balnéaire remarquable couvre une superficie de 340m², ce qui la range parmi les plus grandes installations de bains privés de notre région.

La ferme du Moinil

Cette jolie ferme d'aspect fortifié fut construite à partir du XVe siècle aux abords du ruisseau de Champion. Edifiée en moellons de calcaire, elle présente avec sa tour circulaire un ensemble de type moyenâgeux.

La ferme Sur les Sarts

Isolée au milieu des champs, cette ferme en moellons de grès a été édifiée au XIXe siècle.
Le 25 juin 1944, la ferme de Sur les Sarts sera le théâtre d'un affrontement sanglant entre une section du maquis et l'armée allemande. 142 allemands périront lors du combat et 21 maquisards tomberont sous les balles ou sous la torture.
Un mémorial érigé au pignon de la ferme porte les noms de ces héros de l'ombre
Autres curiosités

Le pont à deux arches, l'ancien presbytère, la croix funéraire d'Emptinne, la chapelle Notre-Dame Sur les Sarts, la ferme de l'étoile, l'ancien moulin d'Emptinne, le château d'Emptinne.


Patrimoine naturel
L'Aulnaie

Lorsqu'on emprunte la rue d'Emptinne (entre Hamois et Emptinne), on ne peut manquer de remarquer, au sud, le bois des "Ounes" qui est un exemple-type de la chênaie-frênaie condruzienne. Par contre dans le fond, sur la rive droite du Bocq se trouve un peuplement bien moins répandu. Il s'agit d'un taillis d'aulnes et plus précisément d'aulnes glutineux qui couvre environ 4 hectares.
L'aulne glutineux ou aulne noir est capable de pousse sur les sols gorgés d'eau, une bonne partie de l'année. Dans ces endroits, il forme des peuplements purs, car il est le seul avec le saule à supporter de telles conditions. Sur sols moins humides, il est souvent mélangé à d'autres essences forestières.
Bien qu'il ne soit pas une légumineuse, une de ses particularités réside dans sa capacité à fixer l'azote atmosphérique qui devient assimilable par la végétation. Cette assimilation est assurée par des micro-organismes intermédiaires entre les bactéries et les champignons appelés "frankia". Ces micro-organismes pénètrent les racines qui, par réaction, produisent l'apparition de nodosités.
Les "frankia" capables de fixer l'azote de l'air le rendent directement accessible sous forme de protéines au niveau des nodosités. Ce qui supplée avantageusement à l'absence de matière organique en décomposition. En échange, les "frankia" se nourrissent de matières élaborées par le processus de photosynthèse de leur hôte. Cette association avec bénéfice réciproque s'appelle une symbiose.
L'aulne est une essence colonisatrice des espaces inondés. En effet, ces endroits sont souvent dépourvus de matières organiques en décomposition et sont donc considérés comme inhospitaliers par la plupart des végétaux. l'aulne, grâce au procédé développé ci-dessus, peut s'y installer et produire des fanes (feuilles, brindilles,...) qui; en se décomposant, créent un nouvel apport de matières organiques en décomposition (azote), ce qui est propice au développement de nouvelles espèces.

Les aulnaies sont bien souvent traitées en taillis, c'est-à-dire que régulièrement (+/- 20 ans) elles sont rasées à ras de terre. Cette pratique culturale permet aux souches de produire de nouveaux rejets et de recommencer un cycle. Comme vous pouvez le constater, la partie est de la parcelle vient d'être mise à blanc récemment. le propriétaire sylviculteur à choisi d'y planter des peupliers. Parions que ces bois, qui ont généralement une croissance rapide, se développeront encore mieux en cet endroit, car le taillis d'aulnes va accompagner la croissance des peupliers et stimuler très fortement celle-ci, grâce à un double apport d'azote au niveau du sol.

Outre leur aspect colonisateur, les cordons d'aulnes en bordure des rivières présentent un grand intérêt dans la stabilité des berges et la création de refuges pour la faune piscicole. Leur enracinement étant puissant, ils sont capables contrairement à beaucoup d'autres de se développer au travers de la nappe phréatique et, par là, à même d'atteindre de grandes profondeurs assurant ainsi une très grande stabilité au sol.
Un oiseau est très facilement associé à l'aulne. Il s'agit du tarin... des aulnes, le bien nommé. Ce petit fringillidé affectionne beaucoup les bocages d'aulnes ou de bouleaux. Il se nourrit essentiellement des graines de ces deux espèces, mais également de celles reproduites par les résineux et les chardons
La pisciculture

Au lieu-dit Fontaine, jonction de la route Charlemagne et de la chaussée de Marche, on peut découvrir cinq étangs en alignement. Ceux-ci ont été creusés il y a plusieurs décennies en vue de la production de truites fario .

Depuis une quinzaine d'années, le service de la pêche du ministère de la région wallonne utilise les installations (étangs et autres claies d'incubation situées dans les caves du château) en vue de l'élevage de poissons qui ne sont pas produits par les piscicultures privées.
Au départ, il s'agissait seulement d'alevins de truites fario. Très rapidement, la production d'ombres y a également été développée. Au départ de parents capturés, notamment dans les rivières wallonnes, des milliers d'ombrelles ont été élevées, puis déversées en milieu sauvage (notamment le Bocq en aval de Ciney). Des campagnes de pêche électrique permettent de constater la bonne adaptation de ces alevins au milieu hostile. Les pertes importantes par prédation font partie de l'équilibre de la rivière.

Fin des années 80, des chercheurs des Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur ont capturé des truites de mer dans la Meuse et ses affluents.
Ces poissons, qui passent une partie de leur existence en mer, ont un développement apparenté à celui du saumon. Comme lui, elles n'avaient plus été observées depuis de très nombreuses années (en Belgique, les dernières captures de saumon ont été enregistrées en 1942).

Ce retour inattendu incita la région wallonne à mettre en place un projet ambitieux appelé saumon 2000. Il s'agissait de tenter une réintroduction d'alevins de ce salmonidé dans les eaux traditionnelles de ponte d'autrefois et plus précisément dans le Samson, la Semois, la Lesse, l'Amblève, l'Aisne et l'Ourthe.

En 1987, la pisciculture d'Emptinne gérée par la région wallonne fut choisie pour servir de base à cette expérience.
Pour ce faire, des oeufs ont été importés d'Ecosse et d'Irlande. Ils sont d'abord mis en incubation dans les caves du château où ils bénéficient d'une eau de source dont la température avoisine les 9°. Après éclosion (1 à 2 semaines) et résorption de la vésicule (4 à 6 semaines), les alevins sont nourris avec des aliments artificiels. Lorsqu'ils atteignent la taille d'environ 2 cm, ils sont transférés dans la serre (visible dans I'étang aval mis à sec pour I'occasion) où ils évoluent dans une eau à 12-13°.
La majorité des saumons quittent la pisciculture lorsqu'ils atteignent une taille de 3 à 6 cm (en juin-juillet). Quelques-uns sont conservés jusqu'à la taille de 10 à 15 cm (au printemps suivant).

Les saumons évolueront en eau douce de 4 à 5 ans avant de rejoindre la mer où ils séjourneront de 1 à 4 ans pour rejoindre enfin leur lieu de ponte qui correspond en principe à leur lieu de naissance.
Rien qu'en 1995, 155.000 oeufs de saumon ont été importés. Ils ont permis le déversement de 61 .386 alevins.
Pour autant qu'un nombre suffisant de ceux-ci échappent aux prédateurs et que les travaux indispensables d'aménagement des écluses soient effectués avant le retour des premiers individus, 1997 sera peut-être l'année du retour des premiers saumons atlantiques nés à Emptinne

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